Le nombre de partenaires : faut-il en parler, et comment ne pas en faire un drame

« Tu as connu combien de personnes avant moi ? » La question finit presque toujours par arriver. Elle peut rapprocher, ou empoisonner une histoire naissante. Voici ce que disent les vrais chiffres en France, pourquoi le double standard ne tient pas debout, et comment en parler sans en faire un tribunal.

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Un chiffre ne raconte pas une vie. Il raconte seulement qu'elle a été vécue.

Il y a des questions qu'on pose en riant, un soir, sous la couette ou au troisième verre, et dont on regrette la réponse pendant des mois. « Tu as connu combien de personnes avant moi ? » en fait partie. Certains hommes veulent savoir pour se rassurer. D'autres parce qu'ils ont peur d'être comparés. D'autres encore parce qu'ils ont lu quelque part que ce chiffre « en dit long » sur une femme.

Disons-le tout de suite : ce chiffre ne dit rien de ce qu'elle vaut, ni de ce qu'elle sera avec toi. Mais la question existe, et elle mérite une réponse franche plutôt qu'un tabou. Faut-il en parler ? Comment ? Et que faire de la réponse ?

Ce que disent les chiffres en France

La référence, c'est l'enquête « Contexte des sexualités en France », menée par l'Inserm et l'ANRS auprès de plus de 31 000 personnes de 18 à 69 ans entre fin 2022 et fin 2023. Ses premiers résultats, publiés en novembre 2024, indiquent un nombre moyen de partenaires sur la vie d'environ 7,9 pour les femmes et 16,4 pour les hommes. L'enquête note aussi une hausse par rapport aux éditions précédentes, pour les deux sexes.

Arrête-toi une seconde sur ces chiffres. Dans une population où la grande majorité des relations sont entre hommes et femmes, chaque rencontre compte un partenaire pour chacun. Les moyennes devraient donc être assez proches. Pourquoi un écart du simple au double ?

Les déclarations sont biaisées, dans les deux sens

Une expérience célèbre de Michele Alexander et Terri Fisher (2003) apporte une partie de la réponse. Elles ont fait remplir des questionnaires sur la sexualité à des étudiants, dans plusieurs conditions, dont une où les participants étaient reliés à un faux détecteur de mensonge. Quand les femmes pensaient qu'on pouvait vérifier leurs réponses, elles déclaraient davantage de partenaires, et l'écart avec les hommes se réduisait nettement.

Autrement dit : les hommes ont tendance à arrondir vers le haut, les femmes vers le bas, chacun selon ce que la société attend de lui. Le double standard ne vient pas seulement des jugements. Il fausse jusqu'aux statistiques.

Le double standard ne tient pas debout

Un homme qui a eu beaucoup de partenaires serait « expérimenté », une femme dans la même situation serait « légère ». On connaît la chanson. Elle ne repose sur rien de solide. Certains sites présentent des corrélations entre nombre de partenaires et risque de séparation comme des lois : au mieux ce sont des liens statistiques qui ne disent rien des causes, ni d'une personne en particulier.

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Sources
  1. Inserm, ANRS-MIE 2024, enquête « Contexte des sexualités en France » (CSF 2023), premiers résultats publiés le 13 novembre 2024
  2. Alexander M. G., Fisher T. D. 2003, « Truth and consequences: using the bogus pipeline to examine sex differences in self-reported sexuality », Journal of Sex Research 40(1)

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