Ce n'est pas la question « est-ce que tu en regardes ? » qui compte. C'est « qu'est-ce que ça fait à ta vie ? ».
Tu n'as probablement jamais parlé de ta consommation de porno avec qui que ce soit. Peut-être que tu en regardes un peu, de temps en temps, sans y penser. Peut-être plus souvent que tu ne le voudrais. Peut-être que tu as remarqué que ça change ta façon de regarder les femmes, ou que les vraies rencontres te paraissent plus compliquées, moins excitantes, plus risquées.
Sur ce sujet, internet te propose deux discours opposés. Le premier : « c'est naturel, tout le monde le fait, aucun problème ». Le second : « c'est une drogue qui détruit ton cerveau et ta virilité ». Les deux sont trop simples. Les recherches sérieuses dessinent un tableau plus nuancé, et plus utile.
Ce que disent les études, honnêtement
Un lien modeste avec une satisfaction plus basse, chez les hommes
En 2017, Paul Wright et ses collègues ont rassemblé 50 études portant sur plus de 50 000 personnes dans dix pays. Leur conclusion : chez les hommes, la consommation de porno est associée, en moyenne, à une satisfaction un peu plus faible dans la vie sexuelle et dans le couple. L'effet est modeste, et il ne se retrouve pas chez les femmes. Les auteurs eux-mêmes rappellent que le lien peut aller dans les deux sens : le porno peut abîmer la satisfaction, mais un couple insatisfait peut aussi pousser vers le porno.
L'effet sur l'érection est débattu
On lit partout que le porno provoquerait des troubles de l'érection chez les jeunes hommes. Les études ne sont pas unanimes. Une étude menée par Ivan Landripet et Aleksandar Štulhofer (2015) sur plusieurs milliers de jeunes hommes européens n'a pas trouvé de lien solide entre fréquence de consommation et troubles de l'érection. D'autres chercheurs et cliniciens décrivent pourtant des cas où une consommation très intense rend les rapports réels moins stimulants. Résumé honnête : pas de preuve d'un effet général, mais des situations individuelles où ça pèse.
« Addiction » : un mot à manier avec précaution
L'Organisation mondiale de la santé reconnaît depuis la CIM-11 un « trouble du comportement sexuel compulsif » : une perte de contrôle persistante, malgré des conséquences négatives et l'envie d'arrêter. C'est un vrai trouble, qui se soigne. Mais il ne concerne pas tous ceux qui se sentent « accros ». Une méta-analyse de Joshua Grubbs et ses collègues (2019) a montré que le sentiment d'être dépendant au porno est souvent lié au décalage entre ce qu'on fait et ce qu'on pense devoir faire (ses valeurs, sa morale, sa religion), plus qu'à la quantité consommée. Autrement dit : certains hommes en regardent peu et se sentent très coupables ; d'autres en regardent beaucoup et ne se posent aucune question. Les deux méritent attention, pour des raisons différentes.
Les 9 erreurs du premier rendez‑vous
Celles qu'on fait presque tous, et quoi faire à la place. Avec son exercice et son défi de 7 jours.
Ton adresse sert à t'envoyer la fiche. Désinscription en un clic.Voir la fiche offerte →- Wright P. J., Tokunaga R. S., Kraus A., Klann E. 2017, « Pornography consumption and satisfaction: a meta-analysis », Human Communication Research 43(3)
- Grubbs J. B., Perry S. L., Wilt J. A., Reid R. C. 2019, « Pornography problems due to moral incongruence: an integrative model with a systematic review and meta-analysis », Archives of Sexual Behavior 48(2)
- Landripet I., Štulhofer A. 2015, « Is pornography use associated with sexual difficulties and dysfunctions among younger heterosexual men? », Journal of Sexual Medicine 12(5)
- Organisation mondiale de la santé, CIM-11, code 6C72 « trouble du comportement sexuel compulsif »